CA (ME) REGARDE.
De moi il n’y a rien à dire, mais ça me regarde. Ca me regarde jour et nuit d’un oeil rond comme la lune. On aimerait parfois que ça s’en aille, que ça fonde sous les pluies acides. Mais en général ça reste là. Ca attend pâlotement confessions, a-voeux, regrets, quelque chose de tragique, d’intense, d’authentique, et ça ferait presque sourire de voir comme ça s’obstine vainement. Ca me regarde les jours où je n’ai l’air de rien. Même pas l’air d’une fille en pull qui gratte, ni d’une poupée gonflable en célophane. Ces jours là je pourrais faire n’importe quoi, mais en général je ne fais rien. Je reste vautrée au raz des mots, à attendre que la marée des choses vienne les remuer, comme un verre de mer sur la plage. Ca s’ennuie à contrejour comme un fond de bière plate dans le cul d’une canette. Ca me regarde aussi les jours où j’écris de tellement loin, dans ma langue étrangère, qu’il faudrait des racines en béton armé pour m’arrimer aux rivages quotidiens. Le large guette de l’intérieur, la bougeotte immobile se repaît d’un corps-chrysalide. L’adolescence nous guette encore chaque jour là où tout explose et percute. Ca lâche prise et retombe… toujours côté déconfiture, à côté de mes pompes qui ne me disent plus rien. Désagréable état d’écluse à retenir la rouille dans un vague roulis. Ecrire s’amène là, dans les turbulences écarlates des heures troubles. Tachycardie: accoucher d’une lueur à coups de marteau. Ca me regarde encore certaines nuits tellement interminables que seule l’odeur du café fort paraît suffisemment crédible pour attester du prochain retour du matin. Insomniaque je hume à la cuisine les grains noirs en décomptant les heures. Et je songe qu’il faut bien qu’il y ait, au fond des tasses, quelque chose de solide, d’insoluble dans le temps. Je cherche mentalement, du bout de la cuillère, à toucher la blancheur de l’émail, quelque chose qui soit aussi vrai que des dents définitives. Et je sais que ce ne sont que des rêves de mal endormie.

En haleine!
Vous ici!?! ;-) :-)!
je découvre, à peine, je garde ces mots,
ce blog aux images fortes…
je glisse tout ça dans mes favoris!
avec émotion naturellement.
pierre
Cher Pierre,
Merci pour votre visite, et pour ces mots… ainsi que pour votre peinture, au plus près des battements et des rythmes terrestres… j’aime beaucoup!
Bien amicalement,
Antoinette