QUE PEUT LE CORPS ?
Personne, en effet , n’a jusqu’ici déterminé ce que peut le corps, c’est-à-dire que l’expérience n’a jusqu’ici enseigné à personne ce que, grâce aux seules lois de la Nature, − en tant qu’elle est uniquement considérée comme corporelle, − le corps peut ou ne peut pas faire, à moins d’être déterminé par l’esprit. Car personne jusqu’ici n’a connu la structure du corps assez exactement pour en expliquer toutes les fonctions, et je ne veux rien dire ici de ce que l’on observe chez les bêtes et qui dépasse de loin la sagacité humaine, ni des nombreux actes que les somnambules accomplissent durant le sommeil et qu’ils n’oseraient pas faire éveillés ; ce qui prouve assez que le corps, par les seules lois de sa nature, peut beaucoup de choses dont son esprit reste étonné. En outre, personne ne sait de quelle manière ou par quels moyens l’esprit met le corps en mouvement, ni combien de degrés de mouvement il peut lui imprimer, et avec quelle vitesse il peut le mouvoir. D’où suit que les hommes, quand ils disent que telle ou telle action du corps a son origine dans l’esprit qui a de l’empire sur le corps, ne savent ce qu’ils disent et ne font qu’avouer ainsi en termes spécieux qu’ils ignorent la vraie cause de cette action et ne s’en étonnent pas. Mais, dira-t-on, que l’on sache ou non par quels moyens l’esprit meut le corps, on sait cependant par expérience que, si l’esprit humain n’était pas capable de penser, le corps serait inerte. On sait aussi par expérience qu’il dépend du seul pouvoir de l’esprit de parler comme de se taire, et beaucoup d’autres choses que l’on croit donc dépendre du décret de l’esprit. [...] [...] Je demande si l’expérience ne nous enseigne pas également que, si à l’inverse le corps est inerte, l’esprit est en même temps incapable de penser. Car lorsque le corps est au repos pendant le sommeil, l’esprit est endormi en même temps que lui et n’a pas le pouvoir de penser de l’état de veille. Ensuite je crois que tous nous avons fait l’expérience que l’esprit n’est pas toujours également apte à penser au même objet, mais que plus le corps est apte à éveiller en lui l’image de tel ou tel objet, plus l’esprit est apte à considérer ces objets.[...]
SPINOZA Ethique, Livre III,
scolie de la prop. 2 tr. fr. R. Caillois
Sur une phrase de Siegried Hutt.
Au départ, rien, si ce n’est l’entité familière et incongrue, l’animal, l’imprévisible sculpture. On ne peut rien dire à son endroit – à son envers non plus dès lors. On peut s’en laisser traverser. Tout au plus. Passivité première des étonnés que nous sommes. On dit « tiens tiens » et on prend ce qui vient là où on va. En terre étrangère qu’aucune langue ne materne. Pas de zoo pour les animaux extatiques.
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Écrire n’en revient pas de n’arriver de nulle part. Consistance asséchée d’une voix qui s’épuise à creuser le silence qui la devance. Tout partirait de là, d’après ce qui coupe le souffle. L’intemporel est sidérant, pour commencer. Sécheresse et préméditation des ruines avant le craquellement des consonnes. Ç’aurait pu en rester là. Mais il y a l’obstination rétive. Les vies de rocaille s’inscrivent à sec, d’une plume fossile, à force d’inhabitable. On dit « à force » et c’est là, dans le vent qui se faufile, quelque chose qu’on n’avait pas vu. Ça veut peut-être qu’on le dise, qu’on l’appelle d’un mot. Ça nous regarde quand on ne sait pas.
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Utopiques géographies des noms propres que les générations décalquent. C’est dire qu’elles habitent, malgré vous, malgré tout, nulle part et partout. Rien d’essentiel n’échappe à l’agrafe d’un nom. Rien de plus insensé en soi qu’un nom propre, mais la cartographie du non-sens, pour peu qu’elle se répète, plus ou moins fidèlement, un certain nombre de fois dans un certain nombre de régions, fournit au visiteur des repères infaillibles. Bien propre sur eux, transposables en toutes circonstances, les noms attrapent les lieux dans un filet à larges mailles, n’en retenant que l’essentiel. Point d’idiosyncrasies dans le noble et brillant esprit des noms propres.
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“Je n’ai pas peur du vide”, dites-vous. “Et réciproquement”, rétorque le gouffre. Devient-on fantôme à poursuivre l’écho d’une langue jamais prononcée ? Quel est cet être étrange qui s’incarne en vertige? S’il est d’une substance, celle-ci doit être creuse. Creuse comme le pavillon d’une oreille, par exemple. Avez-vous remarqué comme les oreilles rappellent, par leur forme ourlée, les points d’interrogation, les coquillages à entendre les vagues, ou encore, comme l’évoquait un comparse, les ouïes des violon ? Je sais, vous pensez que je bats la campagne, que je pars en vrille, que j’ai un grain. C’est qu’il n’est point de corps sans grain, et réciproquement. Rappellez-vous Roland Barthes: « Le grain de la voix, c’est le corps dans la voix qui chante, dans la main qui écrit, dans le membre qui exécute ».
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Ne soyez pas inquiets, vous ne risquez plus rien, nous ne laissons rien en suspens, vous êtes déjà morts et nous vous garantissons que ça va durer. C’est comme si c’était fait. D’ailleurs, c’est fait. Vous êtes arrivés, vous n’êtes jamais partis. Détendez-vous. Rien ne vous arrive jamais pour toujours. Voyez comme c’est agréable. Vous avez aussi bonne mine qu’une cerise confite. Que vous êtes sucrés. Vous aimez ? Restez sagement dans le bocal. Ne vous agitez pas. Fermentez à votre aise. Voilà, c’est très bien. Vous pouvez, si vous le souhaitez, hasarder un œil au-dehors. Comme annoncé dans le prospectus, nous vous avons pourvus d’un double rang de cils, pour sécuriser la zone. Vous êtes délicieux, vraiment.
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Altération ou déplacement ? Vous y êtes, dites-vous, vous êtes arrivé. Là où personne d’autre avant vous… Personne. Puis vous. Mais qui êtes-vous pour dire qu’il s’agissait encore de vous, à l’arrivée, s’il n’y avait personne ? Peut-être n’avez –vous fait que vous traverser vous-même, contrairement à ce que vous prétendez. Vous avez vu, de vos yeux vu, oui, certes, bien sûr. Mais c’était avant, là où vous n’êtes plus. Donnez-moi donc à toucher l’endroit d’où vous revenez. Ah, vous voyez, vous n’y êtes plus du tout. Vous ne consistez pas, vous êtes impalpable, vous rêvez, marionette de la langue suspendue par les cheveux au-dessus du sommeil.
Merci à Franck Christoph Yeznikian

Vous savez... vous savez, je ne peux m'empêcher de commencer chacune des lettres par "vous savez", enfin, il me semble que c'est comme ça. Parceque ce savoir que vous avez de moi c’est le sol que vous mettez sous mes pieds. Je ne peux le dire autrement ou alors il faudrait tout dire de la portance de tout ça. Je ne sais du reste ce qui était premier, le sol ou nos pas, ceux de l’approche qui n’atteint jamais, comme on agitait des mouchoirs sur les quais dans les films d'autrefois, comme si la dentelle pouvait... comme les toiles d'araignées, ramasser l'espace dans ses mailles. Peut-être est-ce celà qui se tisse. On dit ce qui se trame dans le tissage de tout ce qui nous traverse la peau sous les cocoons blindés.

C'est une gare au bord de la mer. Il suffit de voir les mats des bateaux qui dépassent, au-dessus des trains. On sait déjà qu'on ne sait pas si le paysage va trop vite ou si c'est le train qui roule trop lentement. Nos souvenirs avides d'histoires de bords de gouffre nous devancent comme on tombe.
“Je vais mettre des violons sur ces images et vous allez voir”
{Merci à Franck Christoph Yeznikian }
Les nids du vent
Ce qu’il en est de nos serments
Self-portrait with both of me
Un Blog WordPress.com. Thème : Nishita par Brajeshwar.